La honte toxique et la résilience

La résilience est cette force motrice puissante qui nous permet d’avancer malgré les incertitudes. C’est le courage de supporter le deuil, accepter nos limites et avancer. C’est ce qui nous permet de tenir debout face aux tempêtes de la vie.  La résilience c’est également ce qui nous procure de la flexibilité pour nous adapter et trouver des solutions créatives face aux aléas.

Prendre conscience des aspects limitants de notre personnalité nous permet de changer les comportements qui ne sont pas en accord avec notre système de valeurs personnelles.

Par exemple, lorsque nous grondons nos enfants parce que nous sommes fatigués et dépassés par les contrariétés du quotidien, notre force de résilience nous fait prendre conscience de la nocivité de ce type de comportement sur leur équilibre psychologique et émotionnel.  Se mettre à leur place et ressentir leur détresse face à nos troubles émotionnels est une démonstration d’empathie. Et c’est ce qui nous aidera à l’avenir à faire preuve de calme et de patience pour les aider à grandir.  

Le moral s’en trouvera renforcé à la suite de cette expérience. Les enfants seront plus calmes et tout le monde se sent mieux dans sa peau.

Lorsque la conscience fonctionne sans la spirale infernale de la honte, nous pouvons faire évoluer progressivement les aspects limitants de notre personnalité. Lorsque nous sommes à l’écoute de notre conscience, nous pouvons changer le cours de notre vie et surmonter avec courage les obstacles qui se dressent sur notre chemin.

Mais, que se passe-t-il lorsque la honte prend le dessus ? Que se passe-t-il lorsque nous sommes paralysés par la culpabilité et la peur de ne pas être à la hauteur ?

Lorsque la honte prend le dessus

La honte est l’une des émotions humaines les plus dévastatrices. C’est un sentiment profond d’insuffisance et d’inadéquation.  La honte est une expérience « d’humiliation » lorsqu’on est envahi par un sentiment d’imperfection et d’infériorité.

C’est un sentiment irrationnel qui nous renvoie une image très négative de notre être. Lorsque la perception de l’insuffisance du « soi » vis-à-vis des autres est hypertrophiée, la honte prend le dessus par rapport à tous les autres aspects de la personnalité. On est juste envahi par cette douleur indescriptible de ne pas être « assez bien » … pas « assez à la hauteur » …  

C’est la personne même qui est remise en question – son identité profonde est désapprouvée.  

Lorsqu’on a été constamment réprimandé durant l’enfance, il n’est pas étonnant que la honte soit une expérience persistante à l’âge adulte. L’anxiété chronique qui en résulte engendre une résistance – ou une force opposée – à la résilience.

La personnalité en constante évolution de l’enfant prend forme progressivement en fonction des informations recueillies de son environnement. Lorsque le chantage affectif et la honte font partie intégrante de son expérience émotionnelle, il apprend à se remettre en question pour un quelconque besoin – aussi petit soit-il.

Même les parents les mieux intentionnés peuvent maladroitement transmettre cette expérience de honte à leurs enfants – pour toutes sortes de raisons possibles.

Sans en avoir pris conscience, en tant qu’adulte, on continue de perpétuer ce schéma inconscient de la honte. Les expériences vécues sont alors déformées pour mener à l’autosabotage et l’autodestruction.

Voici quelques exemples de croyances (secrètes et inavouées) qui reflètent la honte :

  • « Je ne suis jamais à la hauteur ».
  • « Je ne pourrais jamais y arriver. Je n’ai pas les qualités requises ».
  • « Je ne suis pas aimable pour qui je suis ».
  • « Je suis une mauvaise personne ».
  • « Je suis bête et stupide ».
  • « Je suis moche ».
  • « Je suis un imposteur/une fraude ».
  • « Je n’aurais pas dû être né(e) ».
  • …etc.

Ces phrases vous sont-elles familières ? Je parie que vous en connaissez un rayon.

Faire la paix avec la honte

Au cours de mon propre parcours personnel, j’ai dû affronter la honte pour surmonter ces aspects limitants et paralysants de moi-même. Au lieu de la laisser prendre le dessus sur ma conscience, j’ai choisi de faire la paix avec ma « honte ». Je l’ai apprivoisée… Je lui ai parlé avec amour et bienveillance… J’étais à l’écoute des messages qu’elle voulait me transmettre.

Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que l’un des leviers majeurs de la résilience est la libération de la honte.

Quand on n’a jamais connu l’amour inconditionnel et le pardon, on n’a pas le mode d’emploi pour gérer sa conscience avec maturité. On ne sait pas comment s’y prendre face à cette voix qui nous parasite et nous murmure sans cesse « Tu as vu ! tu as tout gâché ! Tu aurais pu mieux faire ! Tu n’es jamais à la hauteur ».  

Mais, « faire mieux » fait partie de l’expérience humaine. C’est tout à fait normal d’évoluer progressivement et d’apprendre petit à petit à grandir. Les messages erronés capturés par notre esprit fragile et vulnérable durant l’enfance nous empêchent d’agir avec maturité.  La honte s’oppose à toute tentative d’évolution. Elle nous paralyse et nous empêche d’améliorer notre comportement et de faire évoluer notre personnalité vers le mieux.  

Faire la paix avec la honte signifie accepter qui on est… accepter notre expérience de vie passée avec toutes ses défaillances.

Vous est-il déjà arrivé d’éprouver une envie urgente de « disparaître » sur le champ lorsque vous recevez un reproche ou une critique ?     

Faire la paix avec la honte signifie accepter ces moments désagréables, s’arrêter un instant et dialoguer avec « son critique » intérieur. Il ne s’agit pas de le réprimander…ni de le gronder… mais d’être à son écoute et lui apporter compassion et bienveillance.

On a souvent peur de regarder à l’intérieur de nous-mêmes parce qu’à l’intérieur se cache le démon de la honte. Ce démon n’est pas à l’extérieur… Mais il est bien là au fond de notre être.

Ce ne sera pas facile, mais vous pouvez le faire

Lorsqu’on apprend à dialoguer avec cette voix qui nous submerge de reproches et de blâmes, on comprend qu’il est possible de changer de perception et de comportements. On découvre petit à petit le plaisir d’avancer malgré nos imperfections et nos limites.

Dans un monde qui vénère les apparences trompeuses, les êtres humains ont appris à prétendre que « tout va bien ». C’est peut-être parce que notre culture est obsédée par les illusions. Donner l’impression d’être « heureux » est devenu un impératif pour avoir « une place » dans notre société, pour faire croire qu’on est simplement « dignes ». Mais malheureusement, cela ne fait qu’alimenter la misère du monde.

Arrêter de faire semblant d’aller bien c’est abandonner le besoin d’être parfait (pour les autres…) et accepter de communiquer avec cette partie de nous-même avec une écoute inconditionnelle et d’une manière affectueuse et bienveillante.

Faire la paix avec la honte c’est se pardonner ses propres erreurs et admettre ses propres limites et maladresses. C’est aussi cesser toute comparaison avec les autres et s’accepter tel qu’on est.

La honte cède sa place progressivement à une meilleure estime de soi. Et on découvre le plaisir d’une vie authentique et libre.

On en sort plus fort, plus résilient, plus humble, plus responsable et plus tolérant.

Mes pensées affectueuses,

Randa

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