Parents toxiques – Les mécanismes d’emprise psychique

Dans un précédent article, j’ai introduit le concept de parents toxiques en partageant les principales caractéristiques. Je connais plusieurs personnes qui reconnaissent ces caractéristiques au sein de leurs propres familles. Elles éprouvent toutefois beaucoup de difficulté à accepter la réalité. C’est normal ! Le déni de la réalité est un mécanisme de défense.

Si vous êtes concernés par le sujet, vous éprouvez peut-être l’envie de comprendre davantage les schémas dysfonctionnels des familles toxiques. À travers mes articles de blog ainsi que les vidéos que je partage sur ma chaîne YouTube « L’audace d’être soi », j’essaie d’apporter des réponses afin de vous aider à comprendre. Mon objectif n’est surtout pas de juger qui que ce ne soit ni de pointer du doigt les erreurs de nos parents. Le but de ce contenu est de sensibiliser et d’aider les personnes en quête de compréhension à développer un meilleur discernement et de se libérer de cette emprise insidieuse.

Dans cet article (avec une vidéo en appui), je partage avec vous les principaux mécanismes de contrôle utilisés par les parents toxiques.

La psychologue américaine Susan Forward, dans son livre « Parents Toxiques », énumère sept types de familles toxiques :

  1. Les parents-dieux
  2. Les parents déficients
  3. Les parents dominateurs
  4. Les parents alcooliques
  5. Les parents abusifs : violences verbales
  6. Les parents abusifs : sévices corporels
  7. Les parents abusifs : violences sexuelles

Les mécanismes de contrôle varient donc en fonction de la catégorie familiale. Je vais me focaliser sur une catégorie de familles toxiques qui regroupe : les parents-dieux, les parents déficients et les parents dominateurs. On peut assimiler ce type de familles à une belle pomme empoisonnée. L’image est si belle et si parfaite de l’extérieur. Personne ne se doute des violences invisibles et silencieuses qui ravagent la psychologie et le bien-être des enfants – ces êtres fragiles et vulnérables.

Mais comment est-ce possible qu’un parent puisse nuire autant à ses enfants ? C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse convaincante. Mais ces parents sont souvent des personnes qui ont été à leur tour des victimes de leurs propres parents. « Aliénés » au sein de leurs propres familles, ils n’ont fait que perpétuer les mêmes comportements toxiques en adoptant les fausses croyances que « c’est normal » et que « tout leur est dû ».

Il ne m’est pas possible de donner une liste exhaustive de tous les mécanismes de contrôle exercés sur les enfants dans ce type de configurations familiales. C’est pour cette raison que je vais me contenter de me focaliser sur les trois mécanismes les plus répandus : la manipulation, la confusion des rôles et la culpabilisation et l’intrusion psychologique. Sur ma chaîne YouTube, vous pouvez trouver un contenu beaucoup plus riche sur les stratégies de contrôle psychologique.

1. La manipulation

La manipulation a pour but d’exercer une emprise psychique sur une personne, et plus particulièrement dans les relations dysfonctionnelles avec des personnes ayant des traits dans le spectre narcissique.

On peut voir l’emprise comme une forme de contrôle mental exercé sur une personne ou un groupe de personnes dans le but de les amener à prendre des décisions d’une façon irréfléchie et complètement irrationnelle.

L’emprise mentale va au-delà d’une simple manipulation ponctuelle qui peut être exercée sur autrui intentionnellement ou pas. C’est une forme de contrôle psychique très puissante basée sur la manipulation mentale, consciente ou inconsciente, dans le but de contrôler les pensées et les actes d’une personne.

La manipulation dans les familles toxiques peut prendre plusieurs formes. La victimation en est une. Les parents toxiques se font passer pour des victimes. Ainsi, vous leur devez tout : votre temps, votre énergie, votre réussite, votre argent et toute votre vie.

Vous n’avez même pas le droit de vous attribuer le mérite de vos réussites. Bien évidemment, c’est grâce à eux, à leur dévouement acharné, à leur « sacrifice » et même à leurs « supers gènes » d’intelligence prodigieuse.

La manipulation la plus insidieuse pour un enfant est de savoir retourner sa veste au bon moment. Je m’explique. Le parent dominateur n’est pas bête. Il sait pertinemment que son enfant va le quitter un jour sans regret s’il le maintien incessamment dans la négativité. Alors, il alterne entre des phases d’idéalisation et des phases de dénigrement à travers les reproches, les critiques et les réprimandes. C’est ce qu’on appelle « le renforcement intermittent ». Ces phases de « yoyos émotionnels » peuvent engendrer littéralement une addiction au niveau du cerveau. Je donne plus d’explications sur ce point précis dans cette vidéo.

Cette inconsistance émotionnelle peut avoir des effets dévastateurs sur l’équilibre psychologique et neurobiologique de l’enfant.

Faire la pluie et le beau temps quand bon lui semble, le parent toxique maîtrise parfaitement les commandes et les boutons qu’il peut actionner pour asservir ses enfants et les garder sous emprise même à l’âge adulte (je veux dire par là : 30, 40, 50, 60 ans et plus !!).

2. Confusion des rôles

Lorsqu’un enfant endosse le rôle et la responsabilité du parent, on peut parler d’inversion des rôles. L’enfant devient alors son propre parent, voire, l’adulte de la famille en charge de répondre aux besoins émotionnels de ses géniteurs.

Dans ce cas, l’enfant n’a plus de modèle de référence à suivre. L’enfance est quelque part brisée et volée. Les années qui étaient censées être celles de l’insouciance et de l’innocence se transforment en lourd fardeau.

Et ce n’est pas un choix. Plusieurs enfants, dans les familles dysfonctionnelles, se retrouvent dans l’obligation de prendre soin des grands, de jouer au psychologue, voire de s’occuper des petits frères et sœurs. Cela crée un sentiment de redevabilité chez l’enfant.

Dans certains cas, on peut même parler « d’inceste émotionnel ». C’est particulièrement vrai pour un petit garçon qui devient le confident et le psychologue de sa mère malheureuse dans sa vie de couple. Il endosse la responsabilité de fournir un guide moral au parent.

Charger un enfant de responsabilités qui ne sont pas les siennes revient à lui voler son enfance et son innocence. C’est lui ôter le temps qu’il est sensé consacrer à jouer, apprendre et se construire.

Source : Pexels

3. L’intrusion psychique   

Si avoir des limites constituent un élément normal et sain de toute relation, ce n’est pas le cas dans les familles toxiques. Ces limites sont souvent franchies et dépassée. Cela émane de la croyance intrinsèque du parent toxique « que tout lui dû ». Il pense avoir un statut privilégié et donc qu’il est normal d’envahir son enfant à tous les niveaux.

En réalité, cette intrusion psychique n’est que le reflet de la peur profonde du parent de perdre son autorité. Tous les moyens sont bons pour vous contrôler. Fouiner dans vos affaires ou vos appareils électroniques, poser des questions indiscrètes et même lire votre courrier sont une banalité pour lui. Et lorsqu’il soupçonne votre distanciation émotionnelle, il peut essayer vous corrompre. Vous savez très bien de quoi je parle. Votre maman ou votre papa essaie de se racheter en vous offrant des cadeaux, vous donnant de l’argent ou même débarquer chez vous à l’improviste pour vous faire « une bonne surprise » avec la fameuse tarte aux pommes, votre préférée.

L’intrusion psychique n’est pas toujours aussi manifeste qu’on pourrait le croire. Elle est souvent cachée, déguisée et occultée par de bonne intention. « Mais je veux ton bien, je suis ta mère (ou ton père) » vous dira-t-ton.

Il s’agit d’un mécanisme de contrôle assez subtile et insidieux.

A l’âge adulte, en dépit de votre indépendance financière et votre autonomie, vous avez toujours l’impression que vos parents « habitent dans votre tête ». Certaines personnes continuent même de vivre sous l’emprise psychologique de leurs parents en dépit de leur décès.

Les conséquences ne sont pas négligeables au niveau psychologique. À l’âge adulte, ces enfants devenus adultes peuvent développer un comportement codépendant, un style d’attachement dysfonctionnel, le stress post-traumatique complexe, des relations perturbées, la honte toxique, des difficultés à trouver la stabilité, la dissonance cognitive et bien d’autres problématiques inhérentes aux traumas psychologiques d’enfance.

Dans cette vidéo je poursuis la 2ème partie de ma série sur les parents toxiques.

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